LES RURAUX, CES HEROS.
Je suis né dans le monde rural, j'y vis, j'y mourrai. Mes enfants y sont nés, ils y ont reçu leur éducation et leur culture. Ils y vivent et y sont heureux, en menant un combat pour y garder les services que chacun doit prétendre à y trouver, comme tout le monde.
J'aime partager ici ces visages des gens du terroir, ces visages sensibles, ces gens qui ont une âme et ne souhaitent pas qu'on les efface au nom du mondialisme par exemple.
Forts d'une éducation surtout liée à des traditions fortes que leur ont transmise leurs aînés, forts de cette sensibilité qu'ils aiment à garder dans leurs souvenirs les plus chaleureux.
C'est certains clichés de vérité que l'on peut apercevoir ça et là au fil de l'album, vieux outils, vieux bâtis qui font le charme des lieux où l'on retrouve un temps où le respect était une valeur inestimable.
Quand il y avait un feu, il y avait de la vie, c'était hier.
Dans cette magnifique peinture qu'est le pays entre Angoumois, Périgord et Limousin, un homme allant voir ses vaches n'est qu'un point infime d'un univers riche et complexe, fait de toutes sortes d'odeurs, couleurs, saveurs, sonorités et sensations naturelles.
L'environnement rural est imprégné de l'histoire humaine qui l'a façonné grâce à ses besoins vitaux.
Depuis quelques petites décennies, là et ailleurs, c'est un goût pour une plus belle vitrine dont quelques uns tirent profit que les paysages sont largement modifiés. Les hommes le paient fort quelquefois et entraînent négligemment des innocents désinformés.
Préservons notre environnement.
Sur un plateau de pâtures verdoyantes et flamboyantes, menant sa bicyclette avec sérénité, cet homme flâne et profite des premiers jours de ce nouveau printemps.
Là, c'est vrai il y en a pour un bon moment de ce sac de grain pour les poules. Elle est partie à la coopérative agricole sur son vélo, mais revient à côté, C'est déjà très difficile de garder l'équilibre qu'elle fait là une pause.
La perspective c'est pas d'habiter un château, c'est plutôt de travailler pour bien nourrir les animaux de cette étable et élever ses enfants du mieux possible.
Son mari s'en est allé, et rien n'a bougé dans la grange. Nous on allait y chercher du lait dans les derniers temps, les bidons sont accrochés en dessus des crèches des vaches, un balai en genêts, des outils, l'échelle en bois, rien ne bouge plus, tout s'est figé et Madeleine, seule, éprouve des difficultés pour marcher.
D'ailleurs ses voisins anglais viennent tous les matins voir si elle n'est pas tombée. Et puis ils en profitent pour lire le journal et parfaire leur français. Madeleine essaie de leur faire comprendre quelques nouvelles de la région autant qu'elle le peut, ça lui passe un moment...
A petits pas, elle fait sa promenade de santé. Le médecin lui a dit de le faire le plus souvent possible pour garder un peu d'autonomie. Il ne fait pas très chaud mais il y a du soleil, alors il faut en profiter et ne pas rater l'occasion.
Il croyait la route longue, il arrive déjà au bout ou presque. Les enfants ont grandi si vite qu'ils sont déjà partis et lui est resté collé à sa terre, celle des ses aïeux.
D'ailleurs il n' a pas eu le choix.
Ce chemin qu'ils ont tous fréquenté, ce chemin qu'ils n'ont pas parcouru de la même façon, mais toujours aussi bien qu'ils ont pu, comme ses ancêtres.
Voilà, c'est là que s'arrête son histoire, leur histoire, car aujourd'hui, justement, ses enfants prennent des boulevards à une vitesse folle, mais plus cette petite route de campagne comme lui.
Il est fier d'avoir pu donner, grâce à son devoir accompli, la chance à sa descendance de pouvoir filer sur les grands boulevards de leur vie.
C'est bien ailleurs que l'on doit faire sa vie aujourd'hui, toujours plus loin toujours plus vite. Il sait qu'il est le dernier à emprunter ce chemin, il en use et en abuse pour retrouver ses plus beaux souvenirs, ceux d'avant, de la tranquillité mais du labeur.
Il aime à y penser souvent.
Emilie, Emma, Florence, Marion, l'insouciance dans la campagne Périgourdine.
Le temps était beau, il est passé, on a tous vieilli, les uns et les autres, les uns plus que les autres?
Les enfants ont eu des enfants, je suis devenu grand-père, mon grand-père à moi il était formidable, je m'en souviens comme quand j'y étais, devant sa cheminée décorée d'étains d'éclairage et des pots de sel, poivre, et chicorée.
Le plus beau c'était le poste à transistors, lumineux aussi, avec toutes ses stations du monde entier, si grand quand on est petit.
La seule "fausse note", c'était celle de la pendule et des poids qui descendaient inexorablement, un tintement un peu "vieux" et trop "lent", qui ressemblaient trop à pépé et mémé. Moi je voulais courir, voler, faire, faire et faire encore. C'est ce que j'ai fait, mal ou bien, mais ce temps est passé en courant, en volant, en si peu de temps !
A mes filles Florence et Emilie.
En coeur d'hiver, les hérons sont en période d'approche amoureuse, un rayon de soleil les illumine en fond d'étang, loin de tout regard.
La vie s'effiloche inexorablement, les coups de vent ont déjà emporté des morceaux d'existence. Le coeur est à vif pour l'un pendant que l'autre a mieux supporté le temps et les agressions.
Tout s'efface, rien ne résiste. Il y a seulement des vies un peu plus courtes, un peu plus longues, un peu plus belles, un peu plus moches, beaucoup plus ternes, beaucoup plus colorées, des vies et des morts plus ou moins justes.
Le meunier du moulin de la pierre à Vilhonneur. L'eau entraîne le mécanisme qui va donner l'énergie pour scier de la pierre blanche, cette pierre calcaire pure au coeur des sites préhistoriques très riches de la région, une pierre qui orne des sites prestigieux dans le monde entier, et ce meunier qui la taille pour faire naître des oeuvres contemporaines.
Un village creusois comme bien d'autres, des retraités paisibles qui se rassemblent sur un banc de la place et y partagent les nouvelles du voisinage. Ah ! un photographe, qu'est ce qu'il peut bien vouloir à nous prendre en photo comme ça!
Comme dans tous les villages, ça se passe comme ça, la vie c'est comme ça, les gens parlent, ils se disent des choses comme ça, comme ça.
Elle a commandé sa remorque de bois, son voisin lui a laissé et elle la vide pour qu'ensuite son fils vienne scier les 4 stères pour alimenter la cuisinière. Elle ne se chauffe qu'avec ça, sa chambre est juste à côté de la cuisine, l'hiver, elle laisse la porte ouverte entre les deux.
A petits pas, elle fait sa promenade de santé. Le médecin lui a dit de le faire le plus souvent possible pour garder un peu d'autonomie. Il ne fait pas très chaud mais il y a du soleil, alors il faut en profiter et ne pas rater l'occasion.
C'est un plaisir sensuel que de faire son jardin, d'y modeler le nécessaire quotidien et de le parcourir et l'admirer heure après heure. Elle y vit continuellement aux meilleur de la belle saison.
Marcou, c'est l'histoire locale. il veut savoir et il veut toucher l'existence, celle qu'il n'a pas vue ou qu'il a côtoyée dans son enfance. Quand il ne sait pas il recherche, il est avide de connaissance et après il raconte. Sa maison, enfin... son ancienne maison, c'est un musée de l'outil populaire et traditionnel. Il n'y a plus de place pour y vivre, seulement pour se souvenir et garder la mémoire. Bien sûr il y a les armes, c'est par là qu'il a commencé, mais m s'est vite enrichi de tout ce qui a "meublé" la vie d'autrefois. Il raconte encore et on ne s'ennuie jamais. C'est un sanctuaire, et au milieu un homme formidable et rare, Marcou, Il est si bon de le fréquenter.
Quelques châtaignes, cette bonne odeur qui rappelle les veillées d'autrefois. Avec ces bonnes histoires, ces contes anciens, ces fables et légendes d'un autre monde.
Il faut bien rêver encore.
Jouez hautbois, résonnez musette.
Transport pour fabrication de piquets, il y a des clôtures à consolider.
Quand il était jeune!
Il porte cette photo et la montre fièrement, il avait 20 ans.
Albert, 100 ans, cheminot limousin, seul mais autonome, il va faire ses courses dans le bourg à pied. Mais il ressasse sans cesse cette jeunesse qu'il a perdue. Mon cher Albert, quelle chance tout de même de pouvoir la montrer encore.
Lucie c'est sa vie ce bistrot, les beloteurs de 16 heures, chaque jour. Nonagénaire, elle construit ses journées à attendre une poignée d'habitués, ses nuits à lire des bouquins quand elle n'arrive pas à dormir. Elle pleure un peu, quand l'histoire est trop triste.
Son projet ? "Un de ces jours, il faudra bien passer la porte !!!"En attendant, elle vit avec ses bonnes habitudes, devenues vitales, et elle se souvient de sa jeunesse, de son amour de mari, gai et blagueur, avec qui ils ont tout fait pour gagner de quoi bien vivre.A 90 Noël, la vie est aussi un cadeau, un beau cadeau.
Postés devant leur maison en guise de salon estival, le couple vit au rythme du hameau, des passages, des rencontres et des bavardages du voisinage. L'hiver devient long ensuite, très long!
Un peu de ménage en bord de maison, Février se termine, il est temps de faire place à de nouvelles naissances végétales. La vie va se déployer, reprendre son cycle.
Une belle journée d'hiver, c'est le moment de se sortir de devant la cheminée et avec son chien de faire une belle virée sur les hauts de la commune.
Et voilà Jeff, votre serviteur, épicier ambulant, de retour chez vous. C'est Mercredi, il est 10h30, il est légèrement en retard, Hélène qui lui a offert un café avait un peu plus à dire que la semaine dernière.
Le "Louis" a fait une attaque, elle lui avait dit qu'il fallait faire doucement maintenant, alors qu'il continuait à bêcher sans rien sur la tête.
Bon, quelques pâtes, un kilo de sucre, des sardines tiens !, non pas de fruits elle commence à en avoir au verger.
Allez, à la semaine prochaine, s'il y avait des bons melons par hasard, il faudrait m'en porter. Merci, au revoir!
Aux antipodes du stress et des objectifs de production nécessaires à la rentabilité d'une société qui ne respire que par des gains de productivité accrus pour faire face à une décrue du produit intérieur brut et à la flambée des taux d'intérêts contraires à un effort d'investissement inéluctable pour une mécanisation indispensable favorable la compétitivité pour dégager un résultat net capable de maintenir un maintien de l'emploi raisonnable, cet homme mène un train de sénateur, perché sur sa bicyclette, et se dirigeant vers son foyer, chargé sur son porte- bagages de quelques légumes qu'il vient de prélever dans son champ.
Un coup de balai dans la cour, c'est la fille du meunier, ici en Haute Vienne à Cussac. Le meunier n'est plus, le moulin se visite comme un musée, les jours de Fête du Patrimoine. La cour sera propre pour accueillir des centaines de visiteurs nostalgiques. Elle a vu les charrettes descendre les sacs de grain dans cette cour, son père écouter le débit de l'eau et se lever la nuit pour régler l'écluse. Elle a entendu les mécaniques et s'est endormi avec, les mêmes nuits d'été, elle les entend encore alors qu'elles se sont tues à jamais.
Bistrot de haut pays. 1400 m d'altitude, Brion , Puy de Dôme, devant rien. Un foirail estival et ancestral en pleine montagne, à tous les vents. En dessous un hameau de quelques maisons de paysans auvergnats rompus aux congères hivernaux, éleveurs de vaches Salers et fabricants de fromages Saint Nectaire et Cantal. Un bistrot désert à la mauvaise saison qui est bien longue.
C'est la rencontre des souvenirs, ce lavoir au bord de la Tardoire.
A droite là, c'était Mme Untel, après Mme Chose, de l'autre côté là bas, Mme Machin et puis à côté Mme Truc, et on lavait quelquefois pendant la coupure de l'usine à midi après avoir mangé sur le pouce. Elle est seule au milieu de souvenirs de 50 ans et à 80 ans elle aime à revenir faire son linge, quand la rivière est propre...
André, c'est un beau roman, c'est une belle histoire. Là il s'est assis pour boire un coup, de son vin si doux issu de sa vigne tant ménagée. Certes, à 75 ans, il ne peut plus la sarcler comme avant, il y a un peu d'herbe en fin d'été, "pourtant elle ne donne pas autant si elle n'est pas bien entretenue".
C'est vrai qu'il est bon son vin!
Assis là en milieu de table, chez lui dans cette maison noircie au feu de la cheminée, unique moyen de faire sa cuisine depuis toujours, il se sent bien, prend un moment de repos. Après il va faire la traite de ses 2 vaches à la main, faire téter son veau annuel avant de le vendre, soigner ses 12 lapins pour qu'il élève pour l'année, donner du grain à ses 15 poulets cheptel annuel également, donner un peu de lait aux 4 chats qui tiennent la vermine des rongeurs à distance, et il écoutera un peu la radio pendant le repas et ira ensuite se coucher pour pouvoir se lever à 6 heures demain matin. Il reprendra alors son chemin, sa pénitence, celle qui lui assure de payer la différence entre ce qu'il touche de retraite et ce qu'il doit payer à la maison de retraite où se trouve sa soeur, qui elle non plus ne touche pas assez cumulé avec son frère. Alors, tant qu'il pourra, André continuera autant qu'il pourra pour payer ces 450 euros qu'il manque chaque mois pour régler la maison de retraite de sa soeur.
Sans autre commentaire.
Il va faire le mélange et préparer la bouillie bordelaise dans ce seau en plastique pour en administrer à la treille de la grange et aux pommes de terre dans le jardin derrière la grange.
C'est un rituel, depuis 50 ans.
La culture du tabac, comme l'exploitation agricole est une activité où chacun a sa place, logiquement et aussi passionnément, parce qu'ils sont nés dedans, et qu'il y a un patrimoine à sauvegarder. C'est marital et fondamental.
Georges, il a tant pêché la rivière Espérance, la Dordogne, qu'il a quelques complications dermatologiques au visage. Tout jeune, avant de s'affairer à la culture de la truffe puis à l'huile essentielle de lavande, il a tant et tant subi les réverbérations de l'eau. Il pêchait pour vendre et gagner sa vie. Il a 91 ans, et fait toujours bouillir l'alambic avec ses fleurs de lavande.
L'hiver sera rude, c'est sûr, tout ce bois mort ne sera pas perdu, il allumera la cheminée au petit matin, après les nuits froides et redoutées, parce qu’à son âge on craint toujours que ce sera le dernier. Et puis quand le printemps revient de nouveau, on se dit qu’on a bien fait de ne rien laisser perdre, parce qu’on ne sait jamais, il y aura peut-être encore un nouveau dernier hiver.
Elle va laver son linge dans la rivière, à l'eau vive et au savon de Marseille.
Toutes semaines, sans exception, la deuche parcourt les 3 km pour venir faire les courses au marché du village. Elle s'en porte très bien.
Autrefois, la bicyclette était le moyen de communication le plus utilisé. Dans les chemins de chlorophylle, il y avait du monde en roue libre, des salutations à une main, des arrêts imprévus pour échanger avec le voisin, se donner les nouvelles du coin, c’était pour les voyages aux champs de labeur, l'outil sur le porte-bagages. Le soleil donnait l'heure, la circulation en dépendait. C’était bien, c’était durable et ça n’a pas duré longtemps…pas assez.
Pour aller quérir un peu d'herbe plus verte, il faut changer d'enclos. La route est le meilleur moyen d'accès bien entendu, c'est même du luxe.
Il a gardé son tracteur d'époque.
Comme il a aussi gardé la forme et la santé, il fait un très grand jardin, plus minutieux que les champs d'antan, ce qui lui garantit un emploi du temps conséquent, gardant aussi le contact avec sa terre nourricière et son attachement à l’éducation qu’il a reçue et surtout à ce qu’il a toujours su faire.
C'était l'endroit on dans une cuve en fer on faisait bouillir les pommes de terre où les topinambours pour donner à manger aux cochons. Sous la cuve, il y avait un petit four pour allumer du bois et faire chauffer la charge de l'eau.
Quelquefois cette bonne odeur de cuisson est restée, ou on l'imagine, c'est peut-être cela qu'elle est venue chercher ici. Les enfants venaient à l'heure du goûter déguster ces patates fumantes et délicieuses.
Une belle ambiance d'autrefois, les murs blancs des toits à cochons, un grenier ouvert et un paquet de divers bouts de bois capables de bricoler tout et n'importe quoi, à l'ombre d'arbres vivaces et bien entretenus.
La mécanisation a enlevé ce calme olympien et estival de la période des moissons, où on entendait presque le vol d'un oiseau qui passe ici sur le convoi. Mais il reste cette belle saison et cette odeur de paille caractéristique.
Claude était chef d'entreprise, il a lutté pour maintenir l'emploi de sa structure, il y a même laissé sa santé, victime d'un infarctus. Las, il a tout laissé tomber, après qu'à son tour sa femme le quitte. Il a tout lâché, maison, pays, médicaments, tout, las. Et il a pris la route qui amène nulle part, la route qui n'arrive jamais à bon port, où personne ne l'attend plus, sauf au dernier bout, à la fin de la pénitence. Mais pourquoi ?
Soleil de plomb, même son âge ne l'arrête pas. C'est comme ça, seule sa fin de vie viendra à bout de ce désir de prolonger toujours l'existence de ce qu'il a entrepris. La culture c'est sa culture c'est son besoin vital.
Toute cette herbe de bord de chemin fera l'affaire de cette femme qui en nourrira ses lapins et un peu ses poules avec un brin de chlorophylle publique. Economiser et ne pas gaspiller, c’est son crédo et son éducation.
Ramasser du bois mort pour allumer le feu qui s'est éteint dans la nuit, c'est son obsession pour le prochain hiver.
Haut perchée, cette promenade à Vaux-Lavalette donne de l'air et du sens à cet homme et son chien. Située sur une crête qui descend vers Gurat, la route domine une belle vallée agricole où il est aussi agréable de promener son oeil.
Devant le pêcheur, l'eau ne passe pas, elle s'écoule. Comme un symbôle, elle lui dit que le temps ne s'est pas vite passé, il s'est simplement écoulé, et qu'entre les peines il y a bien eu des joies, que la paix d'une rivière se mérite pour s'y ressourcer et méditer.
André n'a plus la force de grimper la belle montée de Chez Vincent, ça ne fait que descendre pour aller faire ses courses, et bien entendu pour revenir il lui faut plus longtemps. Mais c'est prévu comme ça, le temps peut attendre un peu.
C'est une petite route qui fait le tour du village et rejoint le cimetière, un homme s'y promène et fait le constat de la bonne régularité du débit de la source qui alimente l'ancien lavoir en contrebas. Il se contente qu'il y a toujours de l'activité. Il va continuer son chemin paisiblement tout en se souciant que jour après jour il va plus lentement, le souffle court, encore plus court.
Le temps est long, la réflexion est lourde, la retraite n'est pourtant pas signe de vieillesse, pas toujours. Mais que le temps est long, si on n'y pense trop, seul.
C'est une petite route en montagne russe qui serpente entre tournesols et bosquets, menant de hameaux en hameaux, fréquentée par les engins agricoles, mais aussi par ces ruraux qui préfèrent les odeurs et les couleurs qui diffèrent selon les saisons.
Pour aller au champ situé devant le moulin de la Brégère, il y a ce petit pont de construction gallo romaine. Le meunier s'y promène tranquillement, et y fait son tour du propriétaire.
La bonne odeur du pain s’est évaporée, c'était du bon pain, d'ailleurs pas besoin de vitrine pour en faire la réclame, chacun savait que la mie était tendre et la croûte dorée. Mais faute de clients disparus au fil du temps, loin de tout dans ce Limousin granitique, le boulanger n'a pas trouvé de successeur, et le fournil a baissé pavillon.
Un clocher qui sort de terre, une grange, des champs, un village de Charente, frais, végétal, guilleret.
Au coeur du bourg, les premières rencontres matinales font l'objet de véritables conférences sur la météo ou l'état de santé des voisins.
Dans les bras de sa brouette il ira moins. Sa compagne de jardin reste plantée là comme un bac en peine, regardant s'éloigner son guide comme s'évapore une alliance ancienne et forte. De là à lui tourner le dos délibérément, elle n'en revient pas. C'est à mettre sur le compte de l'âge, pas de la déception. Elle a trop fait pour lui.
Elle est symbolique cette brouette vide et cet homme qui s'en éloigne, gagné par l'âge et par un corps moins résistant.
Elle est descendue du village avec son vélo, c'est un trajet combien de fois accompli !!!
Elle sarcle, l'herbe est son ennemie.
Tant qu'elle pourra, elle ne pourra se résigner à voir le chiendent gagner sur sa culture.
C'est comme ça!

Daniel, cerclier comme son père et son grand-père, pratique cette activité depuis toujours, un peu plus depuis qu'il n'est plus facteur. L'activité était très présente dans la forêt d'Horte en Charente, les cercles étaient autrefois destinés aux fûts et barriques cognaçaises. Aujourd'hui, le seul créneau de production est pour le vignoble du Bourgogne, resté fidèle à la notion d'esthétique pour ses chais.
La cabane en bois appelée loge est typique, faite de barres de châtaigniers tressées, et de barres plus grosses pour l'ossature, et couverte de copeaux issus de la confection des cercles à l'aide d'une plane qui vient buter sur un tablier de bois ceinturé sur le ventre de l'artisan.
Très souvent, le cerclier avait un ami printanier dans sa loge en coeur de forêt. C'était le roitelet qui venait y bâtir son nid dans le fond de l'abri et y chercher sa protection.
Les forêts de châtaignier étaient peuplées de loges, surtout en Limousin Périgord et Charente des contrées de cette essence de bois.
Un panier à la main en repartant du cimetière, quelques fleurs naturelles qui ont été déposées sur la tombe, c'est le devoir de mémoire, en espérant, que la même habitude se pérennise pour leur compte, mais, comme ils disent, "chacun fera comme il voudra !" C’est le souvenir qui compte.
Auguste est âgé, très âgé, bien valide à 94 ans, mais il a perdu la notion de l'argent, alors il accumule des objets inutiles, il a peur de manquer, il récupère tout ce qu'il peut, pourtant il n'allume plus la cheminée, il n'ouvre l'eau qu'avec parcimonie.
C'est dommage qu'il ne profite pas de la fin de sa vie convenablement, tous les voisins ont essayé de le convaincre, d'y mettre du sien, en vain.
Auguste a disparu aujourd'hui, il n'avait pas d'enfants.
Auguste, un brave homme qui n'a jamais fait de mal à personne, qui a mené une vie simple et discrète.
C'est une histoire qui ressemble à beaucoup d'autres.
A gauche Jojo, à droite Marcou.
Deux amis de fortune, des inséparables. Marco attache Jojo quand il a de la visite tellement il est hospitalier et généreux dans l'étreinte. Le reste du temps, c'est la fidélité qui est le principal atout de Jojo, et sa présence quand Marco a le bourdon, seul dans sa maison familiale, où ses parents l'ont fait grandir. Une demeure farcie d'objets anciens avec des souvenirs forts et attachants.
Tant qu'on peut la faire, la vigne reste sacrée.
Elle était autrefois le gage du travail. On s'offrait le "sang du seigneur" en contrepartie du labeur.
Et c'était même un moyen de travailler plus dur et plus longtemps, une sorte de dopant. Avec les fruits, on faisait de l'eau de vie, et on en buvait aussi pour les mêmes raisons.
L'hiver c'est dedans, l'été c'est devant. On l'appelle le chien de paille. Il y est toujours "Colley".
Diane, ma soeur Diane, ne vois tu rien vieillir ?
Inusable la camionnette, son chauffeur revient de la coopérative chercher des sacs de grain pour les poules. Muni d'un diable, il est parti ranger le premier sac dans la remise. Elle n'est pas jeune la voiture, mais elle roule beaucoup moins depuis sa retraite. Elle va durer encore, et ce bleu charrette lui va si bien !
Auguste a quitté son village, jusqu’à la fin ou presque il parcourait encore ses 2 ou 3 ou 4 km quotidiens, souvent pour ramasser du bois mort, pour sa cheminée, unique moyen de chauffage. Il avait 95 ans.
Son village s'appelle Charmant, il l'était aussi.
A son âge, on fréquente plutôt la maison de retraite si on y arrive. 91 ans, il hume et déguste son géranium rosat qu'il n'arrose jamais.
Mais bon, après avoir été l'expert régional de la truffe, il est resté dans les fragances avec la lavande avec laquelle il produit des huiles essentielles pour des produits de massages notamment. L'alambic est dans la, maison. Son monde est un univers coloré et riche de sensibilités olfactives, tout en finesse.
Elle pique, elle brode elle coud, sa Singer ronronne pour que belles elles soient.
C'est le bistrot des célibataires, des isolés dans la vie, ceux qui trouvent ici un peu de réconfort en partageant les joies et les peines, apprennent les petits malheurs des autres qui traduisent que ça n’arrive pas qu’à soi et qui rassurent somme toute.
De quoi parler enfin, d'être un peu moins seul, et surtout, surtout, d'écouter un petit d'air d'accordéon quand le patron sort son piano à bretelle pour rappeler un air de "Java Bleue", ou de "Petit Vin Blanc" quand les filles étaient belles du côté de Nogent ...
Toujours gai, passionné de vélo, jeune au temps des Coppi, Koblet, Bartali, mûr pour Poulidor, Anquetil, Gimondi, âgé pour Hinault, Lemond, Fignon, il a passé son dernier col avec Amstrong, Contador, Shleck, et puis il est tombé dans la descente, sa gentillesse me manque.
Le facteur est passé depuis ce matin, mais il faisait un peu frais pour sortir.
A cette heure, en ce milieu d'après-midi, le vent est tombé, Il y a un peu de courrier, de quoi occuper un peu de temps, un petit regard circulaire en coeur de hameau, rien ne s'est passé d'extraordinaire depuis hier.

La visite chez la voisine est un rituel immuable, elle coupe un peu au travers du jardin du voisin, ça évite la route, pas très passagère, mais on ne sait pas ce qui peut arriver quand on est moins sûre de ses réflexes.
Devant l'église un beau jardin, il faut s'y tenir au printemps, et c'est resté un plaisir de produire les meilleurs produits puisque ce sont ceux de son jardin, cela va sans dire.
Une ombre est portée, sans choc, sans toque, c'est l'ombre du mouvement qui indique qu'il y a quelqu'un qui cherche à voir quelqu’un.
Cognez et le loquet verra si son action apporte un désir réciproque.
A savoir !!!
Courbé mais heureux de pouvoir travailler encore, comme toujours.
S'il doit arrêter, ce sera fini, sa vie ne ressemblera plus à rien
L'inutilité c'est la mort.
Elle sourit à la vie, car il faut se rendre à l'évidence, sa fille est elle arrière grand-mère, ça pousse quand même au taquet ça!
A plus de cent ans, on ne compte plus, et alors c'est beau la vie !
1300m d'altitude, Brion est un lieu de foire à la tradition ancestrale, au milieu de nulle part, sur le Cézalier, presque rien d'autre qu'un village de quelques habitations de paysans auvergnats, élevant des Salers et produisant du Saint Nectaire et du Cantal.
Presque rien, mais tout un univers floral et animal rare, unique au monde. Un écrin formidable, une source de jouissance de la vie.
Les grands moyens, les grands espaces. Un jardin de paysan c'est toujours un grand jardin. Les outils sont adaptés à cela. Au motoculteur d'un amateur, on utilise l'ancien tracteur de l'exploitation, lui aussi en retraite en quelque sorte.
L'une au jardin, l'autre traverse le chemin, la troisième en profite pour un voyage littéraire en tripode, voyage qui tend à rapporter simplement des petits effets sur la condition de chacun.
C'est un début de jardin, au bord d'un champ, avec cette notion de grand espace, au delà du réel pour un citadin ordinaire, le voisin est loin.
De la Soule au Béarn, de Kakouetta à La Pierre Saint Martin, les paysages sont grandioses.
Les Soulétins vivent dans cette 7ème province basque à la langue particulière qui partage 300 mots identiques au Géorgien.
Refaire le chemin, sans le vouloir vraiment, mais les forces s'etiolant, en mesurer la longueur et le parcours.
Entre les boules, ça roule et la vie coule et c'est cool. (s'écoule).
LE PAYS BASQUE, LE VERT INTENSE ET LA SOULE
Du vert que l'on touche comme du velours, la langue qui frappe les tympans et l'on s'embarque dans un pays de tempérament à la couleur forte et au sang unique, la 7ème province Basque, la Soule.
La Soule (Xiberoa en dialecte soulétin, prononciation : « chibéroua », Zuberoa en basque unifié, prononciation : « soubéroua », est la plus petite des sept provinces du Pays basque. Elle est peuplée d'environ 16 000 habitants et sa capitale est Mauléon-Licharre. Les habitants sont appelés souletins en français et xiberotarrak en soulétin.
Elle est située dans le département des Pyrénées-Atlantiques dans la vallée du Saison (Uhaitza en basque), région Aquitaine. Cette province est parfois appelée Pays de Soule. Selon l'Académie de la langue basque ou Euskaltzaindia, elle serait un des sept "territoires" historiques qui forment le Pays basque, c'est-à-dire un territoire aux caractéristiques culturelles, anthropologiques et ethnographiques communes comme la présence du basque (la langue).
La langue basque comporte 300 mots communs avec le Géorgien. Pas de "L", jamais, des "X", des "H", les outils d'une prononciation ferme et bien construite, comme les femmes et les hommes ancrés à ce territoire.
Une belle montagne aux reflets variés.
Vallées aérées.
La forêt et les verts pâturages minéraux.
Les brebis sont l'élément phare du paysage en belle saison.
La Soule est un pays d'élévage et de fromage.
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VERS IRATY
Une ambiance sereine dans cette majesté paysagère.
LA TRANSHUMANCE
Le Pays Basque, le Vert Intense.
Saint-Engrâce
En coeur de Soule, un troupeau de plus de 900 brebis descend des estives.
Ces brebis appartiennent à plusieurs éleveurs et les bergers se sont relayés depuis le printemps jusqu' à cette fin d'été pour garder le troupeau dans les pâturages.
Le pastoralisme est une tradition forte et bien présente sur ces territoires pyrénéens
Que la montagne est belle!
Toutes les photos sont de jcl. Copyright 2011
La descente se fait à vive allure, les animaux savent qu'ils rentrent à la bergerie et ont hâte d'y être.
Le troupeau et les bergers sont partis à 5 heures du matin de la montagne, 4 heures et demi plus tard, la vallée se rapproche, les toits des bergeries sont visibles.
D'un seul bloc les 900 brebis regagnent la vallée.
La piste est recouverte d'un manteau de laine.
Le très long troupeau serpente dans les lacets des dernières pistes.
Le petit berger basque a fait les derniers kilomètres avec les brebis,
il n'a pas été à l'école aujourd'hui. La transhumance reste sacralisée.
Le petit berger basque avec son chien
Il va garder ces valeurs et les transmettra à son tour, autant que faire se peut...
Véritable pélerinage, la procéssion est un visuel extraordinaire.
Les petites pistes qui descendent vers la vallée
restent l'unique vecteur de communication.
Voilà les derniers hectomètres, les premiers toits d'ardoise,
les bergeries se rapprochent.
Le clocher de Saint-Engrâce apparait.
Voilà une légère remontée pour atteindre les batiments
où les brebis rentrent pour passer l'hiver
C'est vrai que les brebis avaient hâte de retrouver
leur lieu de naissance pour la grande majorité.
Septembre, les touristes sont presque tous partis.,
les éleveurs et leurs animaux retrouvent un pays serein.
Le troupeau est très important,
le cheptel de plusieurs éleveurs s'"est regroupé pour ce voyage.
La traversée du petit bourg est toujours un moment privilégié et symbolique.
Ensuite il faut commencer le tri des différents cheptels.
Cet éleveur met des clarines à ses propres brebis.
Il pose des clarines parce que sans doute ses moutons ne vont pas rentrer de suite en bergerie, mais profiter encore d'une belle arrière saison dans les pâturages plainiers.
Chacun ses siennes.
Les couleurs sur le dos des brebis différencient les élevages.
Les clarines traditionnelles pour repérer les animaux.
Cette race rustique est la plus répandue dans les Pyrénées.
La Rioumajou.
Basques et Soulétins.
Beaucoup de monde pour trier les animaux en un minimum de temps.
La tâche est importante, 900 brebis ce n'est pas rien.
Par couleur, avec un passage dans la bergerie de Ambroise
pour séparer tous les individus.
Le chien n'a pas beaucoup d'utilité ici,
mais son instinct lui commande de bien garder, toujours.
Le bon plan c'est de bien s'organiser.
Tout le monde s'y met, mais les femmes éleveuses n'ont jamais failli à leur tâche.
Les chiens de berger, les Border Collies font leur travail très assidument et d'instinct.
Les cochons sont partie intégrante de la basse-cour
L'observation des brebis, c'est aussi voir si elles sont toutes en bonne santé.
Au bal des clarines...
Au bal des clarines...
Une fois le tri effectué, chaque éleveur reprend son propre troupeau et va rejoindre sa bergerie d'hivernage.
"Les Basques ne sont pas un peuple, ils ne sont pas une nation, ils ne sont pas une race, les Basques sont un honneur ! Ils y a des Basques français, il y a des Basques espagnols, et vous, monsieur, vous en êtes. Ernst von Salomon.
"Les Basques ne sont pas un peuple, ils ne sont pas une nation, ils ne sont pas une race, les Basques sont un honneur ! Ils y a des Basques français, il y a des Basques espagnols, et vous, monsieur, vous en êtes. Ernst von Salomon
Aubergiste et éleveur de brebis à Saint Engrâce.
Le troupeau a traversé le bourg de Saint ngâce en descendant de l'estive.
Tout y est à Saint-Engrâce. Eglise, cimetière, auberge et fronton
L'auberge de Ambroise, avec sa femme et sa fille, il y offre un bon beau menu basque en toute convivialité.
.
Les troupeaux ont été triés, ils se sont éloignés vers la plaine.
Il reste ce lui de Ambroise dans sa bergerie, et c'est aussitôt le moment de la tonte,
LES PETITES BONNES FEMMES ET LES PETITS BONHOMMES
Petites bonnes femmes
et petits bonhommes
Le temps passe et on s'en aperçoit pas, sauf la beauté des enfants qui ne sont pas les nôtres mais ceux de nos propres enfants devenus grands.
Et c'est là notre tour d'être ceux qui nous ont adoré et que l'on a aimé, autrefois.
Autrefois déjà, quand on aime à se souvenir de nôtre propre enfance.
Les tendres années, les bonnes odeurs, l'innocence, l'insouciance, c'est ce que l'on voit dans ces yeux.
Le temps de nos grands parents, à chacun son tour, mais si vite le voilà, qu'on y croit même pas.
Louise, Thimothée, Naël, quel avenir derrière ces yeux, que vous réserve ce temps qui s'annonce difficile et dont on est pas maître? Vous voilà beaux, vous voilà nos suites, les suites de la vie que l'on a su ou pas su contrôler toujours, mais qui réjouissent de n'être pas passé pour rien quand même.
Quand on imagine que ces "têtes" vont faire des gens bien je suis sûr, c'est l'espoir qui fait lire l'avenir au mieux, mais les craintes d'un monde a l'envers peut aussi demander d'être droit et fort, de lutter ferme pour rester une femme et un homme digne et respecté, comme la vie de chacun l'exige.
C'est pour ne pas regretter d'avoir contribuer à ces vies que l'on veut croire au meilleur pour ces yeux adorés.
jcl
Les yeux dans les yeux
Petites bonnes femmes et petits bonhommes
Sang pour sang.
jcl
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