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Chez Pépé et Mémé

La ferme est presque à la limite de Haute-Vienne, en plein pays granitique avec les rochers à fleur de pré, fendus de "rigaillous" gardant une humidité salutaire l'été, pour conserver une bonne herbe pour les vaches, le pays des genêts à faire la litière, en autres, le pays aussi des vipères rouges que l'on trouvait facilement quand on gardait les vaches aux "Loges", le chemin le plus long pour aller les faire paître. "Coireaud" et "Les Vergnes", c'était de la rigolade, on y était en 20, 30 minutes.  Entre 1960 et 1970, c'était mes vacances à moitié avec mes autres grands parents de l'autre côté de la commune, ceux qui l'un travaillait dans sa loge à faire des cercles, des fagots, des marquants et surtout de la latte, et elle qui était couturière du hameau de Nanteuil.

La ferme du dessus était traversée par une petite route, la partie à gauche avec la maison, la chaudière où la mémé faisait cuire les pommes de terre et les topinambours pour les cochons, on y faisait "marende" (Goûter de 4 heures). L'odeur était tendre et chaude, aujourd'hui belle et aimante comme grand-mère, les poules tentaient d'entrer picorer les patates qui sortaient de la cuve sans doute pour les mêmes raisons, un vrai dessert. La chaudière était au bout du bâtiment, au bord de la route, c'est là que quelques voisins arrêtaient leur vélo pour bavarder un peu. Le hangar devant la maison, en dessus de la mare si mystérieuse à l'entrée du petit potager. Cette mare enfoncée dans sa verdure épaisse, la source captée et identifiée par son bâti circulaire en pierre là où grouillaient têtards et autres bestioles peu visibles mais bruyantes à notre approche, effrayante aussi car si colorée d'épaisseurs végétales que l'on ne voyait pas le fond et on n'imaginait un abîme. Plus haut, derrière le hangar des outils agricoles, le jardin des conserves, haricots, petits pois, et pommes de terre bien sûr, plus grand, plus rébarbatif car à la saison cela signifiait équeuter, écosser, des travaux que je ne goûtais guère. A l'autre bout de la maison le couderc, l'espace où l'on sortait les cochons au pré en fin d'après-midi, en passant par le sentier derrière la maison, c'est le premier plan gauche de la maison, car il s'agit là de l'arrière de la ferme avec son chemin qui mène aux champs du haut. C'est là qu'il existe encore un appentis où mon grand-père faisait une brève sieste sur des sacs en toile de jute derrière la faucheuse qui stationnait là. Plus tard, il changea de site en montant sur la route de Champniers-Reilhac, à seulement 50 mètres, où il faisait son bois l'hiver et où il avait un abri, comme une loge.

A droite de la route il y avait les 2 étables avec la grange au milieu, paille et foin y étaient stockés sur le chambaras pour distribuer directement dans les crèches. C'est là que je tentais de traire à la main comme mon oncle et mon grand-père. Il y avait bien sûr des limousines mais pas seulement, 2 normandes dont je me souviens du nom de l'une, la Brune, les veaux étaient derrière les vaches attachées au mur, et il était impossible d'imaginer les détacher pour les mettre sous la mère tellement ils étaient empressés et puissants. Cette odeur d'étable, de litière souillée et de lait sentait si bon, elle m'est restée aussi. Qu'il y faisait bon l'hiver. 

Une cour, et puis un atelier, une espèce de forge pour réparer le matériel mais aussi un pressoir à vin et un autre à pommes qui ne fonctionnait plus depuis longtemps, personne ne fréquentait vraiment ces petits bâtiments en été. A l'extrême droite au premier plan, ce sont les toits à cochon, 2 ou 3 animaux qui faisaient un peu peur, la corpulence et le grognement ne m'invitaient guère à m'approcher dans mon plus jeune âge. Seule la responsabilité de mener les gorets au couderc m'obligeait à surmonter ma réticence, j'ouvrais et reculait vite, ils connaissaient le chemin, une trentaine de mètres tout au plus.

Au coin des toits à cochons, le sentier faisait le tour des étables des vaches par l'arrière et allait chez le seuls voisins avec qui la famille était fâchée, les terres et les intérêts mitoyens avaient fait leur oeuvre. A l'entrée de ce sentier tout en bordure, un noisetier inoubliable, qui aujourd'hui encore me fait planter cet arbre à chaque terrain où je puisse le faire, c'est vrai. Le goût des noisettes fraîches m'est resté de cette époque extraordinaire, parce que c'était l'enfance insouciante, toute une famille harmonieuse, avec toutes ses composantes, cela dure environ une quinzaine d'années en général, avant d'endurer les premières disparitions. J'avais même un arrière grand-père qui sortait un morceau de chocolat noir de son tiroir en bout de table quand j'allais le saluer dans la partie haute de la maison, là où mon oncle et ma tante, qui ont continué l'exploitation de la ferme, ont pris place à sa disparition, laissant les grands-parents dans la partie centrale de l'habitation.

Un peu comme les terres et leurs cultures, les générations s'inter-changeaient l'habitat au gré des générations et du chef d'exploitation si j'ose dire, puisque c'est le fils de la ferme qui  reste  qui occupe le dernier espace occupé par le disparu le plus récent. De fait, là encore, c'est un témoignage du dernier exemple en la matière, d'abord parce que cette ferme était si petite que personne ne peut en vivre aujourd'hui, et puis mon oncle n'a eu que ma cousine germaine, qui s'est destiné à d'autres projets de vie que l'élevage et la culture harassante des terrains granitiques du Périgord Vert. 

Je me souviens des après-midi que nous passions à mener les vaches aux prés, de ses premiers émois d'adolescente précoce, beaucoup plus qu'un garçon comme moi, d'autant qu'elle avait un an de plus, quand elle écoutait à la radio le hit parade et chantait à tue-tête "Que je t'aime" en duo avec Johnny au transistor Radiola, qu'elle sortait devant la maison seulement, pour ne pas l'abimer, à l'heure du retour de garder les vaches.

Mon grand rêve, je le réalisais assez tard dans l'âge, quand enfin on m'autorisa à conduire les 2 limousines attelées tirant la charrette gorgée de foin, ces bêtes qui répondaient au doigt et à l'oeil, enfin plutôt à l'aiguille, ce long bâton que l'on tapait au milieu du joug pour leur rappeler d'être attentives au chemin qu'on leur montrait de prendre. C'était autre chose que de ramasser chaque épi de blé derrière la faucheuse ou quand on chargeait les gerbes. Le meilleur et le pire pour moi, mais le meilleur ne dura pas longtemps, le premier tracteur arriva, ce fût quand même une attraction et une source d'intérêt, mon grand-père avait déjà disparu, victime d'un accident qui dégénéra en lui faisant monter un caillot de sang au poumon, une lourde roue en fer de la faucheuse lui était tombée sur le pied e la démontant, provoquant un hématome mal soigné en pleine moisson. Et ce ne fût jamais plus comme avant.

 

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La solitude vous tombe dessus, c'est votre compagne par exigence, elle ne dit rien, jamais, elle vous accompagne pourtant vous ne l'avez pas appelée. Qui aime la solitude si ce n'est que pour un moment choisi? Dans un monde comme le nôtre, moderne, rutilant, c'est un fond duquel il est difficile de sortir. Dès lors qu'on échappe aux normes d'une société en mouvement permanent, gérée par le goût du pouvoir particulièrement nourri par l'argent. On est vite écarté dès lors qu'on ne rentre pas dans le rang, échappant aux standards commandés par les maîtres de la communication. Plus personne pour vous tendre la main, vous faites pâle figure...
Les écartés du travail ou de la famille sont rapidement pris dans la tourmente où seule la solitude s'assoira à vos côtés, et vous accompagnera dans vos cauchemars, ne vous laissant jamais vraiment serein et enfoncera son clou chaque jour un peu plus. Le monde brillera toujours plus pendant que vos jours s'assombriront inéluctablement. Ceux qui tendent la main, ceux qui baissent la tête, ceux qui ont besoin de vous sont nombreux. Ne restez jamais indifférent, sourire, bonjour, regard, sont des actes généreux qui réchauffent au cœur de l'hiver qui arrive. Quand le soleil manque, vous pouvez le remplacer. jcl

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Enfant, elle a tellement fait ce parcours! Ses souvenirs sont recouverts par le bitume. Mais du haut du village, c'était le chemin de l'école, elle allait à pied, et sûr qu'elle s'en souvient. Sa mère qu'elle promène à ses côtés le parcourait aussi pour mener et ramener les vaches. Aujourd'hui, elles parlent du présent, pas trop de l'avenir, des fois qu'il soit bien trop court. Mais le passé, les joies, le rythme, c'est sous entendu, elles n'en parlent pas, les disparus ramènent de la peine, alors il vaut mieux profiter du beau temps et respirer le présent.
 

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Merveilleux printemps, merveilleuse lumière, le seul temps où on aime voir défiler les années parce que c'est une nouvelle naissance. On se sent revivre, tout est faste, le soleil donne de  nouveau et ravive les couleurs de la vie. Nature forte, qui au sortir de l'endormissent de l'hiver, va renaître, créer la substantifique moelle qui fait pousser l'éternité.

Orgedeuil ferme

Une ferme ancienne toujours habitée, sur son promontoire, en haut du village qu'elle voit s'éveiller chaque matin. Le cultivateur l'est toujours malgré son âge, il se lève encore dès le lever du jour. Il veut laisser le temps filer, lui reste à son époque, un brin de confort en plus. Son environnement ne bougera plus, il a l'impression de ne plus vieillir comme ça. Seules les tourterelles ont disparu de la cage suspendue, les vaches aussi ne sont plus dans l'étable. C'est bien là son plus grand regret.

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Maman, les petits poissons qui vont sur l'eau ont ils des ailes? C'est la question que pose cette photo! Alors qu'il est évident que ces poissons sont bien dans l'eau. Seul le premier éclaire le clan en surfant hors de l'élément. Il faut bien un guide, ceux qui n'en ont pas risquent l'égarement. Si personne ne convient que ce banc de poissons navigue dans une eau étroite et que le temps ne prévoit pas une augmentation de la masse liquide, qui voulez vous qui nous dise, sinon un guide que le réchauffement climatique est synonyme de sécheresse. Mais le guide n'est pas toujours le bon éclaireur. Alors séchons l'apport du guide, restons bien dans notre jus, et sachez qu'il n'y a pas toujours de morale aux chansons enfantines mais qu'elles peuvent aussi servir à des commentaires photographiques qui n'ont d'autres desseins que de meubler un effet d'optique qui ne vous aura pas leurré, mais distrait.

 

violoniste copie

L'étui est assorti aux chaussures ou les chaussures à l'étui. C'est selon, mais c'est l'intérieur de l'étui qui va s'assortir aux chaussures parce que c'est bien l'extérieur des chaussures que l'on voit en premier et que l'on remarque d'abord. C'est l'apparence qui est mise en avant bien avant que le musicien n'ouvre l'étui pour jouer de son instrument et délivrer son talent de musicien que l'on n'imagine pas immédiatement et ce que les chaussures ne vont pas amener à croire ...non plus. Sauf que, avant qu'il n'ouvre l'étui, on se doute, par sa forme, qu'il s'agit bien d'un violon et que celui qui le porte sait en jouer, d'autant qu'il a des chaussures bleues qui vont bien à un joueur de violon et seulement à celui ci car c'est bien un artiste et seul un artiste peut porter des chaussures bleues. Imaginez un gendarme avec des chaussures bleues! Alors que son costume est lui même bleu par ailleurs et jusqu'à son pseudonyme en forme de quolibet: "Voilà les bleus"! Ce n'est pas toujours le cas, si on en revient à la forme et à sa couleur. Chacun porte une personnalité bien enfouie, mais pas le joueur de violon qui porte étui et chaussures bleues. On le démasque vite, mais souvent c'est son jeu et l'auditoire qu'il recherche au gré de son accoutrement. Il faut bien vivre et le bleu est source d'harmonie fût elle musicale et rémunératrice. Sur le pont des amoureux à Paris, il faut au moins jouer du violon et bercer les sentiments de douces vapeurs bleutées pour consacrer son amour pour la musique. Un violon d'Ingres s'y prête forcément.

 

Abel et Toto (32)

 

Je faisais un reportage sur les métiers du bois à la demande de Jackie, son ami. Abel était menuisier ébéniste, plus de 90 ans. Et pour témoigner et transmettre, il avait accepté de revenir dans son atelier et de retoucher ses outils avec lesquels il avait tant senti la matière, tant il l'avait transformée en oeuvres d'art souvent, en objets uniques et personnels. Il nous avait dit comment il avait aimé aussi son apprenti puis son ouvrier Toto, comment il en avait fait un adulte passionné du bois également. Et Toto avait acquiescé avec affection et tendresse. Mais Abel était inquiet, son épouse hospitalisée était en fin de vie, il n'osait le dire. Une semaine plus tard, elle le quittait ainsi que ce monde autour du bois et de la matière qui fait nos bois et forêts, cette matière où il l'avait confiné pendant des décennies. Et Abel l'a suivi le lendemain. Ils sont allé au cimetière côte à côte, comme un couple uni et fusionnel, dans leur écrin de bois, pour toujours.
 

Abel et Toto (20) Abel et Toto (21)

 

Banc de nature

 

 

 

 

Ecole publique communale Cressac

L'école publique communale, et rien autour. Le service de l'enseignement sur cette petite colline comme un avènement indispensable aux enfants du village. Une commune composée de hameaux distants, alors l'école a été édifiée au bord de la route la plus passante et usitée. Quelques élèves, une dizaine, mais le même enseignement que tous les autres enfants de France, le même droit à l'instruction et... à la culture pour devenir grand, un homme rural valant autant qu'un urbain, quand on sait comment ils ont nourri leur pays et le font encore, mais avec moins d'agriculteurs devenus industriels. Mais l'école rurale doit exister encore et encore, au titre de l'égalité des chances, et sans faire des kms pour aller au regroupement et se lever 1h ou 2 h plus tôt que les autres avec le ramassage scolaire. La nation doit être équitable et prendre ses responsabilités devant le choix de vivre à la campagne de chacun, évitant que la ruralité devienne un seul sanctuaire.
 
 

Saint Felix près Blanzac Avril 2012

La charrette démembrée n'a pas fière allure. Que fait elle ici, au milieu du pré, comme une âme en peine. Il n'y a pas là matière à en faire un décor. Le cultivateur qui s'en est servi le dernier n'est sûrement plus de ce monde. Il a disparu comme cet indispensable outil de transport. Le cheval non plus n'a plus mal aux pattes. Alors il est bien triste de montrer ce squelette alors que seulement la fabrication d'un tel assemblage en bois était un art, le charron un métier nécéssaire dans la ruralité mondiale. Un savoir-faire qui a quasiment disparu. Respectez les charrettes, ne les exhibez pas sous un profil qui donne à notre récente histoire un souvenir délabré. Allez il faut bien en rire.

 

femme busserolles

Une femme au hasard d’un hameau perdu du Périgord Vert, comme toujours, je m’arrête pour la saluer.
Je parcourais la commune de mes grands-parents pour m’imprégner de nouveau de ce terroir que je chéris tant. Je sors d’un chemin de pierre que je ne connaissais pas , parti à l’aventure d’un recoin de campagne vierge pour moi, et j’arrive dans un hameau où je vois cette femme qui n’avait pas vu de ...
voiture depuis un sacré moment. Surtout sortant de ce chemin utilisé seulement par les tracteurs, bien qu’il n’y an avait plus vraiment non plus, ce hameau n’est plus habité que par des anglais en mal d’authenticité, les autres maisons sont devenues résidences secondaires par les descendants des paysans d’autrefois.
Je m’arrête donc saluer cette femme, et pour me donner une posture je parle de mon origine et celle de mes grands-parents. Mon passeport éclate du coup aux yeux de cette femme qui, se mit instantanément à me parler de ma mère, de mon père avec qui elle était allée en classe et puis de mes mémés et de mes pépés, ce qui m’emplit d’émotion. C'est ce que je recherche avec gourmandise. Au détour d’un chemin, comme ça, je confirmais toute ma démarche nostalgique au travers des survivants d’une époque qui me permet de revivre un peu mon enfance et celle de mes parents. la belle période de mon innocence.

 

Les Salles encore

C'est sûr, le vélo est là depuis longtemps...les roues sont à plat. Et la marmite, elle, elle séchait après la "vaisselle" ou déjà elle décorait le pas de porte. C'est du décor, il y en a 3, c'est même la collection. Le banc, je pense que c'était pour attendre un voisin qui passe, un voisin pour parler du bon vieux temps. Ah le bon vieux temps, il est parti lui aussi faire un tour. Pourvu que ce ne soit pas un tour de con, et qu'il fasse croire encore qu'il reviendra, alors qu'il ne reviendra jamais, parti sous d'autres latitudes, d'autres lassitudes même, tellement ce bon vieux temps semble révolu. Quand les voisins voisinnaient, quand on pouvait compter sur son prochain des fois qu'on soit dans la peine. Le bon vieux temps de l'entraide et de la fraternité quand les travaux agricoles étaient trop pénibles à assumer tout seul, les foins, les moissons, mais aussi quelques festivités nourricières dont on aimait à offrir quelques boudins quand on tuait le cochon, quelques bonnes bouteilles de bourru quand c'était les vendanges, et les chataignes quand on en faisait de la farine ou bien encore des fruits chauds pour les bonnes veillées hivernales chez les uns; chez les autres. Au bon vieux temps disparu.

 

vélo de clargourt (1)

Il est rentré du champ, fourbu, il fait si chaud aujourd'hui, il est en nage. Mais il faut encore soigner les bêtes pour la traite. Il a posé son vélo devant la grange et fait tomber du foin du chambarras. La porte est restée fermée car le peu de fraîcheur de l'étable est agréable alors que sa femme vient à peine de rentrer les vaches du pré. Il faut encore mener les veaux sous les mères et la journée va encore durer de bonnes heures.

 

charrette Villeboeuf 2012

 Posée là sous la protection de cet arbre centenaire comme pour vivre encore

alors que le temps s'est arrêté depuis des lustres déjà.

On regarde avec nostalgie l'histoire de nos grands parents paysans au travers de ce tombereau.

Ce fût un outil indispensable tiré par un cheval ou des vaches quelquefois,

ce qui ajoute une touche de belle humanité servie par des animaux de bonne compagnie.

 

ST VINCENT DE COSSE 2011 AVRIL

Au coin du bois d'Evéa, un p'tit pneu fatigué,
 il s'est assis pour reprendre son souffle.
Une fois la pression refaite, il a repris sa route,
usant gomme et crampons jusqu' à la fin de l'itinéraire.
La roue tourne pour tout le monde et quand la valve est usée,
c'est dans la chambre à air frais qu'on finit son parcours.
 
 
 
 clown école de Bouex Mai 2012
Faut pas toucher aux clowns, c'est vrai, c'est sacré un clown. Ce sont les meilleurs amis de l'enfance, ils font rire aux éclats et éveillent la belle sensibilité de l'innocence. Et puis ça pleure aussi un clown, avec l'émotion des premiers chagrins, ceux qu'on a déjà eu, ceux qui rassurent. Alors c'est le meilleur ami, celui qu'il ne faut pas toucher. C'est pour ça que c'est inscrit, au cas où ce symbôle tombe aussi, encore un. Préservons le.
 

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Le patron est parti, harassé et dépité par les mesures anti-tabac et les taxes de plus en plus fortes sur l'alcool et le commerce. Il tenait le bistrot depuis des années et des années. C'était un café particulier. Je me souviens être entré une fois avec cette impression de mélancolie diffuse mais prenante. Assis à une table, un homme dans un chaise roulante, ventripotent, le t-shirt  remonté au dessus de l'abdomen, bien imprégné d'alcool, un autre homme au fond de la salle, bien atteint lui aussi, moitié endormi, la tête dans les mains, un autre encore qui parlait de ses ennuis conjugaux, sa femme partie avec un jeune, lui sans emploi, sans beaucoup de ressources, tenant fébrilement sa énième bière. Dans cette atmosphère un peu glauque, le patron est alors allé chercher son accordéon et a joué quelques morceaux de belle musette, histoire de changer les pensées de ces 3 hommes égarés dans leurs peines et dans la boisson. Des petits airs de rien, mais de quoi donner à ce qu'ils étaient venus trouver, du réconfort, quelqu'un avec qui partager un peu de chagrin, quelqu'un qui écoute, au moins. C'est le rôle important d'un bistrot de campagne, une porte que l'on peut pousser sans risque de déranger. C'est le bar de l'accordéon, c'était...IL existe toujours mais l'accordéoniste a lui aussi de la peine, il ne joue plus à ses clients la musique qui disait: "pose ta tête sur mon épaule et dis moi ce qui ne va pas". La place du bistrot dans nos vies est quelquefois un pilier social. Eux aussi disparaissent sans compter. Tout s'en va, L'humanisme en prend un coup dur.

 

Cellefrouin Mars 2011

Contrit, il retourne à ses études. Il s'est fait éconduire, un petit coup de sabot d'Hélène pas mité du tout et demi tour il s'en retourne. Elle est pas facile Odile. Elle a ses jours et chaque tour est souvent un four. Âne ma soeur Âne ne vois tu rien revenir dit la cadette à sa benjamine la gamine Colombine, en voyant revenir son frère Nigaud au bercail? Il n'est pas encore d'âge à faire tant d'ambages, il lui faudra se mettre à la page sans remue-ménage. Le poil brillant ne reflète guère son peu de tempérament, il a beau faire le ver luisant, c'est peu bandant que le retour se faisant tout en ondulant et presque en rampant.

 

Germaine et M Rousseau 30 Oct 2011 (16)

Est ce pour se rassurer qu'il y a encore une vie, il est si bon de revenir dans son village et de venir saluer un camarade d'école, au temps des souvenirs d'il y a 70 ans , dans cette petite école où elle descendait à pied de sa ferme natale, et où elle était punie parce qu'elle parlait le patois limousin, cet occitan chantant que le maître d'école ne voulait pas entendre, lui, chargé d'enseigner en français uniquement. Les sabots de bois aux pieds, le parcours des enfants résonnait entre les murs des hameaux traversés quand le groupe s'étoffait au fil de l'itinéraire, jusqu'à l'entrée dans les classes, garçons d'un côté, filles de l'autre. A 85 ans et plus, ces souvenirs là restent, quand les plus récents s'évaporent en un instant, rendant l'autonomie un peu plus difficile chaque jour. Le sourire revient, le plaisir de se retrouver, une dernière fois?

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Un petit étang et un bateau. Ce n'est pas un bateau au long cours, non, mais certainement une embarcation à qui il manquait son élément, l'eau. En effet, on fait vite le tour de cette pièce d'eau, une barque suffirait, en 10 minutes la boucle effectuée. Alors, il faut se prendre à imaginer un capitaine abandonné, ramenant l'esquif près de ses terres, et où derrière son gouvernail il fait son tour du monde quand l'envie lui en prend. Il brave les océans, combat les tempêtes, mais découvre le monde, imagine d'autres territoires colorés aussi fertiles que ses rêves, des femmes sublimes, des enfants bruyants et excités, des forêts remplies d'oiseaux aux chants exotiques, des plaines immenses et des montagnes éxhubérantes, et un goût de vivre avec chaque jour une découverte incroyable. Mais le capitaine est là depuis toujours, né dans son limousin âpre et sur comme le granit, quelquefois si sombre qu'il en a mal au moral. Ce bateau, il l' a construit avec sa cabane effondrée, celle où déjà il partait dans les tribus africaines, apprenait des langues incroyables pour mieux partager. Il le cache un peu ce rafiot, on ne lui voit que le bout de la proue, mais il lui reste le vent en poupe, ce vent de songes qui l'emmènent si loin de nous. il aime tant voyager. Il ne connaît vraiment que ce Limousin qui l'a vu naître, où ses parents paysans n'ont eu de cesse que de le faire rester à cultiver leur lopin de terre, si beau tout de même et sauvage, pour ceux qui ont eu la chance de pouvoir comparer. Bon voyage, Armand, tu diras bonjours aux australiens quand tu passeras chez eux.

 

Loge de Roger Barrière Dournazac (5)

Loge de Roger Barrière Dournazac (1)

Je suis arrivé devant la porte, elle était fermée comme les volets. J'ai pensé que Roger était souffrant et qu'il était chez sa fille un peu plus haut dans le hameau. A 83 ans, la santé est aléatoire, c'est pourquoi il ne répondait pas au téléphone ces derniers jours quand je voulais prendre rendez-vous. Son métier de feuillardier est devenu rare au pays des feuillardiers, et je voulais faire un petit reportage sur ce savoir-faire limousin très répandu sur le territoire des Monts de Chalus autrefois. La porte fermée, je m'avançais un peu plus loin sur la droite de la demeure pour aller jusqu'à la loge, à 50 m. Tout était en place, il y avait le ban bien entendu fraichement utilisé, des marquants fabriqués il y a quelques jours, enfin l'ambiance habituelle de quelqu'un qui vient de partir à une autre tâche. Pourtant l'herbe est un peu haute autour, c'est inhabituel. Je remonte dans le hameau pour prendre des nouvelles auprès de sa fille quand je rencontre Yvonne, la doyenne à qui je demande si Roger était par là. Et Roger est parti il y a une quinzaine, le jour de ses 83 ans, pour toujours, vaincu par la maladie. Jusqu'au dernier jour il a fait les mêmes gestes, au pays du châtaignier, la matière qui l'a rendu passionné et heureux.

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Elle était partie au champ, son grand jardin, partie chercher un chou -fleur, quelques raves et des carottes. Elle avait un peu de temps devant elle, il était tôt. Alors elle est passé au cœur du hameau, son bout de champ se trouve de l'autre côté, et elle s'est dit que cela faisait quelques jours qu'elle ne s'était pas arrêtée voir son amie d'enfance, là derrière cette fenêtre. Elle s'est dit que ça lui ferait du bien de parler un peu, d'échanger quelques nouvelles, bavarder un peu, se dire qu'on est encore là, profiter des souvenirs en commun pour se les raconter avant qu'ils soient orphelins, sait on jamais quand on approche les 75 ans. C'est le moment de prendre son temps, car les souvenirs portent plus loin quand l'avenir est derrière comme on dit. Le rythme quotidien a baissé, on se sent moins concerné par les obligations, d'ailleurs elle n'en a plus. Un petit hameau tranquille qui vit comme autrefois, un peu comme autrefois. On voit moins de vélos accotés à un puits, et aussi de personnes qui aiment à perdre du temps en flagrant délit de fraternité. Elle reprendra son vélo, ira chercher ses légumes et au retour repassera devant la fenêtre en faisant un petit coucou à son amie qui l'attendra à passer. 

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Il s'insinue quelquefois chez vous de drôles de personnages, des petits lutins, gnomes ou quoi encore, qui se cachent dans vos plantes vertes et vous observent, engoncés dans leur costume de confusion. Ils se figent dès que vous portez les yeux sur eux, ils seraient des bibelots que vous auriez posés là, ils aiment la compagnie, mais ont quand même peur de vous effrayer, ils veulent rester encore et vous comprendre. Ils se voient en vous alors que tout les différencie de vous ou presque. Un nez, une bouche, certes, des oreilles, des pieds et des mains, oui. Des pieds et des mains pour s'insinuer chez vous, c'est ça leur dessein. Je ne savais pas vraiment si les contes que j'avais écoutés autrefois pouvaient se révéler être la réalité, en passant devant cette plante grasse, un petit frémissement me fît retourner immédiatement. Un petit fou vert et non pas chou fleur, je vous parlait de plante grasse, se calait contre celle-ci. J'ai fait celui qui ne l'avais pas vu, j'étais heureux d'avoir un peu de compagnie, je me demande si je ne vais pas les inviter à déjeuner, ils se couchent tôt, le repas du midi est plus adapté à faite bonne connaissance. Combien sont ils, où habitent ils, quelle est leur langue, pourra t'on se raconter de bonnes blagues et rire de tout et de rien. J'ai envie de nouveaux amis,  de colorer mes journées, de penser à autre chose, de trouver de nouveaux chemins, j'ai bien envie de changer de vie.

 

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Cesar est fermé, c'est son jour de repos. Le temps est beau, une dame promène son chien, elle se demande pourquoi quelqu'un prend une photo, elle ne trouve rien de particulier pour ça. Elle passe là tous les jours ou presque, c'est toujours pareil, la routine. Le camion pour les chevaux peut-être, il est garé de l'autre côté quelquefois, mais c'est bien tout ce qui a pu bouger ici. La route est peu passagère, César bricole un peu avec son café, quelques habitués le matin pour le café, les anglais du coin en fin d'après-midi, César est britannique, il est venu à sa retraite et en rouvrant ce bistrot, il a voulu faire renaître une de ces ambiances d'autrefois, un rendez-vous local, comme en Grande Bretagne d'ailleurs. Mais ici c'est plutôt le petit ballon de rouge, moins le demi de bière bien que quelques jeunes aiment en boire. Mais les jeunes, ils vont là où il y a du monde, c'est par accident qu'ils s'arrêtent. Normal, alors même si c'est pas ouvert tous les jours, pas beaucoup se cassent le nez, c'est juste pour le lien avec les autochtones, de temps en temps, pour s'insérer un peu mieux, surtout pour créer un endroit où les compatriotes vont commenter les nouvelles du pays de l'autre côté de la Manche.
La dame n'y rentre pas, ça ne se faisait pas de son temps, et elle garde ses principes. Au mieux un bonjour/bonsoir avec le patron s'il se trouve sur le pas de porte, mais la barrière de la langue freine, un sourire de circonstance fait le reste. Ainsi va la vie, de hameau en hameau, ainsi se passe le temps, ici et ailleurs, les hommes passent, s'en vont et reviennent, il y en a pour combien de temps!

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Vert le gnome chewing-gum, le maître du bois de Saint Baume. Il est le grand bonhomme du clan. Les années bonnes, celles sans trop d'hématomes à cause des cyclones, il vient mettre un peu de baume au milieu des arômes, en lisière de bois de Sainte Baume. Il y fait un petit somme sur la chaume, se réveille à la chute d'une pomme tombé d'un ciel couleur monochrome. La faune aussi s'emballe, c'est le syndrome des autochtones détalant comme dans un autodrome ou un hippodrome. un petit monde pas monotone, des mômes fantômes aux genoux mercurochrome. A devenir atone, ils jouent et crient et sonnent mais sont autonomes. C'est la vie du Bois de Sainte Baume, on slalome au milieu des rhizomes, c'est une drôle de zone. mais du haut du dôme, quand on a son diplôme, on ne voit pas plus de mobile-home que de vélodrome, seuls quelques gastronomes repoussant les atomes dégustent de bonnes tomes sans peur des angiomes ou des fibromes. Ce n'est pas Vendôme mais accompagné d'un majordome, on se prend pour un astronome et on part facilement au planétarium, c'est tout comme. Un bel album si rien ne se termine dans un aquarium.

 

Phare de la Baleine (5)

Deux pieds à terre quand on sait qu'il y a de plus en plus de sans domicile fixe, c'est trop. Il faut partager, quand on peut éviter d'avoir un pied à l'étrier et un pied dans la tombe. Mettre pied à terre n'est pas se mettre absolument sur le pied de guerre, se battre pied à pied, même au pied du mur je ne mettrai pas les pieds dans le plat, à moins d'avoir quelque chose d'important à mettre sur pied sur un pied d'égalité. Ne pas avoir les pieds dans le même sabot, c'est avancer sans se laisser marcher sur les pieds, alors que d'autres ne savent pas sur quel pied danser. Enfin bon, sur tout ça j'en mettrai pas ma main à couper, mais j'ai bien pris mon pied.